Un petit peu d'histoire


Prenez un peu de temps pour lire ce qui suit !


Il n'est pas pour nous question de vivre dans le passé, mais nous sommes convaincus qu'il est utile de connaître d'où l'on vient pour savoir où l'on va !

Voici résumé dans les grandes lignes, un peu plus de 20 ans d'histoire des vergers de Mâmoine.

Bonne lecture...


En 1994, les vergers de Mâmoine sont créés grâce à la double activité de Christian et Agnès et à un héritage familial de 8 hectares en herbe. Aucune construction n’est présente. Nous autofinançons sur nos salaires l’installation d‘un système de production conventionnel, c’est à dire dans le droit fil  de ce que Christian vulgarise à la Coopérative Agricole de Lorraine.

Un hectare de fraisiers est planté dans le grand parc. Cette culture est installée sur plastique avec irrigation au goutte à goutte. La récolte est assurée par de la main-d’œuvre recrutée via l'Anpe (Agence nationale pour l'emploi) à l’époque. La vente est réalisée à Épinal et à Saint-Dié-des-Vosges. Cette culture restera en place 2 ans. Un début de plantation est aussi réalisé en quetschiers.

 

 

En 1996, nous rachetons 3 hectares sur lesquels nous construisons notre habitation, et plantons 4 ha de quetschiers greffés sur myrobolan et GF81,dans le cadre d’une organisation coopérative, les Coteaux Lorrains. Quelques mirabelliers sont plantés aussi sur myrobolan. Toute l'exploitation est entourée de grillage Vauban de 2 mètres en prévision des dégâts de gibier, trois kilomètres sont mis en place.


 

 

Nous installons un rucher pour la pollinisation (ici en vacances dans le colza). Et aussi, 50 ares de pépinière forestière dans la partie basse des terres, sapins noirs, épicéas, douglas, hêtres, chênes sont produits. Cependant, la mode n’est plus à la plantation de plants forestiers mais à la régénération naturelle : cette culture est abandonnée 5 ans après.

En 1997, nous plantons 50 ares de pommiers. Diverses variétés sont utilisées : Jonagored, Leratesse, Chantecler, Boscop, Elstar, Pinova, Fuji, Rubinette, Gala must. Il s’agit de scions de deux ans produits par un pépiniériste angevin. Ces plants sont greffés sur pajam 1, pour la rapidité de mise à fruit. La densité de plantation est 1 600 plants / ha, les plants sont palissés. Une fertilisation à base de scories Thomas potassiques est réalisée tous les ans. Naturellement, le pH de ces limons sablo-argileux sur grauwakes du dévonien et grès vosgiens du Trias est de 5,5 à l’origine. Nous avons gagné environ un point à ce jour.

 

Nous plantons aussi des petits fruits rouges : framboises, groseilles, cassis.


En 1998, nous plantons 2 hectares de poiriers (alternance de William et de Conférence pour la pollinisation). Ils sont greffés sur cognassier, palissés et plantés à une densité de 1 200 plants / ha. Plantation de 30 ares de cerises douces : Summit, Napoléon, Noire de Meched, tous greffés sur merisier et plantés à une densité de 300 arbres / ha. Des pêchers greffés sur Julior (prunier) sont également plantés.  Malheureusement, ils gèleront au printemps 1999 au stade B. La totalité des bourgeons sont gelés, n’assurant plus le rôle de tire sève,  les arbres meurent.


En l'an 2000 ... nous remplaçons les pêchers par des pommiers : Elista, Braeburn, Rubinette et Pinova font leur entrée à Mâmoine, toujour sde provenance angevine. Nous refaisons nos clôtures, nous remplaçons les arbres détruits par la chute des parcelles de résineux voisines. La tempête du 26 décembre 1999 fut pour nous une catastrophe. Bien sur, les chevreuils, dans l'incapacité qu'ils étaient de se déplacer en forêt mettent une pression importante au printemps 2000 sur nos plantations aux clôtures mises à mal.

Nous ne le subodorons pas à l'époque, mais le pire est à venir... et va durer 8 ans.



Les scolytes normalement présent et effectuant leur travail en forêt ne savent plus, après la tempête ou ils en sont. Un équilibre est rompu. C’est, pendant des années à une invasion colossale de ces nuisibles que nous assistons. Nous constatons chaque année la mort de dizaines d’arbres en période estivale. Les traitements n’existant pas, nous essayons de les piéger avec des système d’appâts visuels (panneau rouges) et olfactifs (alcool). Les résultats sont maigres. L’Office national des forêts (ONF) refuse d’admettre le passage de certaines espèces des résineux aux fruitiers. L’arrêté préfectoral imposant aux propriétaires de parcelles infestées de détruire par le feu les parasites présents est inapplicable.

 

Finalement, l’ONF nous envoie un ingénieur nous proposant de travailler le sujet et de chercher de thérapies chez nous, son salaire assuré, bien sur , par nous. Nous n’acceptons pas et supportons jusqu’en 2008 les dégâts. Nous remplaçons les arbres jeunes et vigoureux détruits. Gros désaccord aussi avec la protection des végétaux pour laquelle, le bostryche se porte sur les vieux arbres malades. C’est faux !


En 2001, nous installons dans la partie basse de nos terres (pépinière forestière) des pommiers. Les variétés implantée sont Braesun, Smootie, Rakourakou, Maririred, Elista, Galaxy, Granny-Smith, Melrose, Rubinette, Mondial Gala, Royal Gala. Les plants sont greffés sur M9.

 

En 2002, tout va bien, les premières plantations de pommes commencent à produire de façon significative. Les vergers sont propres, les traitements sont réalisés au cordeau. Nous construisons le local pressoir et la cave permettant l’installation d’un chai.

 


C'est à cette époque que nous commençons les cultures maraîchères dans une partie laissée libre par les pépinières.

 

Nous plantons le verger de La Hollande (50 ares). Les scions sont greffés sur M9 et plantés à la densité de 1 600 plants / ha, palissés, le vergers est entouré d’un grillage. Les variétés sont : Reine de Reinette, Galaxy, Elista, Jonagold, Pinova, Akane.

 


En 2003, nous réalisons un complément de plantation à Mâmoine avec les variété Canada gris et Akane ; plantation de 30 ares d'Ambassy.

 

Le thermomètre descend à moins 20°C le premier mars alors que les portes greffes poussent déjà la sève. Tous les pommiers de la Basse vont éclater, malgré les pansements, il ne sera pas possible de contrôler les chancres.

 




2005 : Première récolte significative en questches. Nous sortons 15 tonnes / ha. Nous embauchons le personnel à l’Anpe. Le rendement des cueilleurs installés sur une plate forme pour les parties hautes et récoltant au sol les parties basses est faible. La moyenne par cueilleur est de l’ordre de 25 kg. Le smic à 12 € / h nous impose légalement une rémunération de 12/25=48 cts € / kg. La coopérative nous paie 58 cts... Il nous reste donc 10 cts d'euro pour assurer toutes les charges de production. Ça ne passe pas dans la règle à calcul.

 


 

 

L’année suivante, nous embauchons des Déodatiens originaires d’Izmir. La performance du chantier s’améliore, 30 kg / h / personne. Donc 40cts € / kg. C’est mieux mais la coopérative paie 28 cts d'euro. Nous faisons donc un chèque pour que les camions partent. Économiquement, jamais nous ne ferons de marges positives sur cette culture. Nous n’intégrons pas, dans nos calculs la totalité de tous les hivers passés à tailler cette culture qui doit être contenue en axe ou en gobelet.

Des problèmes techniques surviennent. Le désherbage total sur la parcelle imposé par la coopérative pose question dans nos sols squelettiques et en pente. Nous redoutons les problèmes d’érosion qui potentiellement vont en résulter.

 

La coopérative ne veut ni mousse ni lichen sur les arbres, car, abritant sans doute des ravageurs. Nous réalisons donc un traitement d’hiver aux huiles jaunes (DNOC) qui a pour conséquence de faire remonter à la surface et de détruire une quantité impressionnante de vers de terre. Une odeur de mort plane pendant des jours dans le grand parc.

 


Nous construisons le deuxième chalet. Il faut de la place notamment pour loger le laboratoire de fabrication de produits confitures, soupes.


Le désherbage total n’est pas satisfaisant. Nous récoltons dans des herbes (PSD) qui font 2 mètres de haut. Ces plantes estivales dues à une inversion de flore provoquée par le désherbage à l’atrazine dans les maïs lève début juin, occupe tout l’espace et gèle à la Toussaint. En attendant, elle a consommé l’eau tout l’été et laisse le sol dépourvu de plantes en hiver pour retenir les terres et les nitrates produits par la minéralisation de ses tissus.

 

Concomitamment, les problèmes d’acariens se précisent dans les pommiers. Malgré plusieurs acaricides par an avec des matières actives différentes, nous n’arrivons plus à contrôler le parasite.

 

Nous allons passer quelques années, insatisfaits de notre travail. Il semble difficile de concilier une qualité de fruits visuellement irréprochable et une cadence de traitements compatible avec le bon sens.

 

Bonne discussion un soir avec le professeur Jean-Marie Pelt. Il m’a dit, ce soir là une vérité que nous ne devons jamais oublier à Mâmoine : « il faut s’interdire d’utiliser des produits que la nature ne sait pas métaboliser ». Cette phrase de bon sens doit demeurer notre ligne de conduite.

 

Le 15 avril 2009 : le coup de sang!

 

Fini de se laisser raconter des histoires par les producteurs de phytos intervenant chez nous par techniciens de coopérative interposés.

Fini de nous déguiser en scaphandriers pour appliquer les traitements.

Fini les inversions de flore et de faune constatés ……on efface tout et on recommence.

Exit les documentations modernes dont nous avons acquis des km ; retour aux fondamentaux. Geneh de la Louvière devient notre livre de chevet : c’était juste avant le miroir aux alouettes. Les produits phytos en stock sont détruits par le circuit légal, sauf les produits autorisés en bio. En fait, nous n’avons gardé que les bouillies bordelaises et payé fort cher cette mise en conformité.

 

Ecocert après un audit nous autorise à commencer la procédure de certification bio et impose 3 ans de conversion. Ce fut un purgatoire. Les rendements chutent, nous ne pouvons pas valoriser en bio les produits de la ferme. Heureusement, nous sommes à un âge ou l’on a accumulé un peu de trésorerie qui est détruite.

 

Nous avions pensé que le passage en bio n’était qu’une variation à la marge des pratiques culturales. C’était faux. En fait, nous étions dans un système complètement artificiel. Chez nos voisins, au début de l’installation des cultures intensives de mirabelliers à Rozelieures (54), nous avions mis en évidence le fait de la régularité de la production. Avant, lorsque les vergers ne produisaient pas : c’était la gelée ! En fait, la protection sanitaire des arbres réalisée par la chimie particulièrement pendant les périodes de floraison est l’élément qui permet une production soutenue et continue. Cela signifie que la production s’arrête dés que vous arrêtez les traitements.

Chez nous, les plantes sensibles à la monoliose laxa ne produisent plus, c’est le cas des cerises douces, des quetsches des mirabelles. Seuls les pêchers s’en sortent, n’étant sensibles chez nous qu’a la cloque bien contrôlée par les produits à base de cuivre.

 

Pour les pommiers, c’est plus compliqué. Les variétés mises en place sont sélectionnées pour leurs qualités gustatives plus que pour leur rusticité et leur capacité de résister aux maladies. Leur culture sous entend que la protection sanitaire est constante : sous perfusion. Dès que l’on retire cette condition, c’est par exemple l’arrêt de la production de Gala et de tous ses mutants en raison de la tavelure. Mais, ce n’est pas la cas partout. A Colmar, par exemple, ça doit passer le climat est plus clément! Il faut donc, à Mamoine arracher Gala si l’on veut produire en bio.


Nous faisons cela et remplaçons ces variétés sensibles qui étaient en place et produisaient par des variétés tolérantes, d’une bonne qualité gustative. Le but est de produire de la pomme à couteau qui se vend.

 

Autre pathogène la moniliose.

C’est la pluie pendant la floraison qui est redoutée chez nous. Les pétales et les étamines sont très tendres et sensibles, une durée d’eau libre de 2 jours suffit pour détruire la fleur. En 2013, durant toute la floraison, qui a duré tout le mois de mai compte tenu des faibles températures, nous avons reçu 231 mm d’eau. Ce fut un désastre pour toutes les variétés en terme de production. Pour Braesun, ce fut plus grave. Tous les arbres ont du être arrachés. Il n’en reste pas un aujourd’hui. C’est toute la différence avec la production animale en bio. Dans l’impossibilité pour l’animal de s’en sortir avec les moyens naturels, on a le droit de traiter une pathologie avec des antibiotiques. L’animal est simplement déclassé pendant 6 mois.

 

Tous les ans, cette moniliose nous fait donc maintenant trembler pendant la fleur. Les variétés sont plus ou moins sensibles. Pinova, Boscop, Elstar sont très sensibles. La protection de la bouillie bordelaise appliquée en pré-débourrement ne protège plus à ce moment là. Seuls les fongicides organiques de synthèse peuvent être efficaces. Cela signifie qu’au niveau des variétés mises en terre, le verger doit être bio-compatible.

 

Autre soucis, le désherbage! Nous avons compris l’importance dans nos sols de la matière organique, nous n’avons pas l’intention d'en importer par achat depuis l'autre bout du monde. Nous devons donc la produire sur place. L’idée est de ne plus désherber, de laisser les herbes sécher jusqu'à sénescence de la manière pour produire de la cellulose en les broyant mi-juillet. Dans la règle à calcul, ça passe au poil! Pas d’exportation, la matière organique minéralisée permettant la poussée des herbes est remplacée par le retour sur place de ces végétaux. Tout va bien... surtout pour les campagnols qui en profitent pour détruire massivement ces arbres déjà peu vigoureux car greffés sur PG .

 


Nous décidons de travailler le sol pour déranger les campagnols entre les rangs. C’est la méthode sandwich. C’est la bonne méthode pour contrôler les campagnols, c’est la bonne méthode pour l’alimentation en eau des pommiers, mais il faudra laisser les planches s’enherber en hiver pour limiter l’érosion. Ce n’est pas comme cela que nous allons préserver notre taux de matière organique. Les herbes enfouies au printemps sont vertes, pauvres en cellulose. Il nous faut donc développer sur place un élevage de moutons produisant ce qu’il faut à partir de céréales et de foins produits sur la ferme pour compenser ce handicap.

 

Autre handicap, l’effet dépressif du travail du sol sur la vigueur des arbres. Le système racinaire, dans un système de désherbage total et de fertilisation minérale apportée permet un développement superficiel des racines. Les arbres sont surpris par le passage d’un outil même superficiel, rotavator, ou disque, ou canadien. Il faudra quelques années pour que les arbres retrouvent le moyen de développer un système racinaire compatible avec cette nouvelle technique.

Nous franchissons le rubicond !

Notre exploitation spécialisée en production fruitière se transforme en une exploitation polyvalente et autonome. Nous produirons moins mais nous achèterons moins. Les typhlodromes retrouvent le moral, les acariens rouges disparaissent. Dans la lutte des campagnols nous nous sommes équipés et sommes maintenant capables de limiter les dégâts. Nous pensons donc que, grâce à cette évolution le verger de pommes est en mesure de continuer à produire à Mamoine.

Pour les cerises, il faudra plus de temps. Si les Griottes continuent doucement à produire bien que les arbres fatiguent vite, c’est un fait, les Bigarreaux ne produisent plus. Nous avons donc mis en place en 2014 une planche de Summit, Burlat, Regina, Noire de Meched et Hedelfinger greffés sur nanifiant pour les conduire sous tunnel. Disposant d’un parapluie pendant la floraison, nous faisons l’hypothèse que la production sera là.

 

Pour les quetsches et les mirabelles, nous délocalisons la production dans une zone plus propice dans les côtes de Meuse à Heudicourt-sous-les-Côtes. Ces vergers achetés en 2001 nous redonnent de l’espoir pour ces productions.

 

A l’heure ou nous écrivons ces lignes, (novembre 2015) nous continuons à construire des tunnels pour agrandir la surface en maraîchage et développer la vente de paniers. Elles est de 3 ha avec 25 ares de tunnels.

 

Nous défrichons les 4 ha de terres achetées dans la plaine. Ces alluvions modernes constituant la lit majeur du Rabodeau sont très irréguliers mais très fertiles. Les possibilités d’irrigation sont bonnes ; les crues aussi malheureusement. Ces terres étaient des jardins avant le miracle de Boussac... Les cultures maraîchères fonctionnent très bien dans cette situation. La surface est de 15 ha maintenant.

 

Nous arrachons les quetschiers et mirabelliers pour les remplacer par des pommiers greffés sur M9 pour des planches palissées, variétés Topaze, Canada gris, Boscop, Opale, Juliet, Goldrush, Otava, Crimpson, Dalilight, Dalisweet, Dalinco, Akane. Nous allons expérimenter une forme sur M106. Nous avons planté déjà des variétés rustiques, Double rose, Rialette, vigne, raisin, Cusur, Bouchon, Jaune beurre, Rose de Florence, Rouge de Trévis, Teint frais, Court pendu rouge, Mosiena, Court pendu gris, Fer de Saint-Julien, Provencale rouge, Beraud, Cravert, Benedicte, Colapuy, Rouge Mérenil, Risoul, Cusset, Bernard panel, Saint-Germain, Reinette d’Armorique sur Bitenfelder.

 


Et, nous allons continuer cette mutation des vergers et de l’exploitation sur laquelle chaque culture va s’additionner, se compléter, se conjuguer avec les autres : jouer sa propre mélodie...


Nous allons apprendre à faire jouer ces mélodies sans fausses notes.


En musique, nous appelons cette technique "Harmonie"...